Label ISR V3 : premiers regards après un an

Par Cyrille Belzac

Personne travaillant sur un rapport ESG

Entrée en vigueur début 2025 pour tous les fonds, la réforme (Version 3) a rendu le label ISR plus exigeant. Face à l’urgence climatique et aux attentes croissantes des épargnants, le label a durci ses critères et renforcé sa transparence, et navigue entre les standards réglementaires européens (SFDR, taxonomie verte).

Cet article revient sur les évolutions majeures de la V3 de l’ISR, réalise un état des lieux sur les encours et impacts durables début 2026 et dessine des perspectives pour les acteurs.

Rappel sur les évolutions réglementaires clés de la V3

Une exclusion renforcée

  • Exclusion des 30 % d’entreprises les moins bien notées sur le plan ESG (contre 20 % auparavant).
  • Exclusions sectorielles sur les 3 dimensions ESG : les fonds labellisés ne peuvent par exemple plus investir dans des entreprises dont plus de 5 % de l’activité relève de la production ou distribution de tabac ou de produits contenant du tabac, celles impliquées dans la production d’armes controversées ou encore celles soupçonnées de violations graves et/ou répétées d’un ou plusieurs principes du Pacte mondial (UN Global Compact).
  • Interdiction d’investir dans les entreprises exploitant du charbon et/ou des hydrocarbures non conventionnels (gaz de schiste, sables bitumineux), si ces activités dépassent 5 % de leur chiffre d’affaires, ou lançant de nouveaux projets pétroliers/gaziers.
  • Alignement sur l’accord de Paris : les fonds labellisés doivent analyser les plans de transition de l’ensemble des entreprises en portefeuille, et 15 % des entreprises appartenant aux secteurs ayant le plus fort impact climatique devront présenter une trajectoire de transition alignée avec l’accord de Paris dès le 1er janvier 2026, ce pourcentage ayant vocation à augmenter progressivement.
  • Engagement actionnarial : 20 % des entreprises appartenant aux secteurs ayant le plus fort impact climatique doivent faire l’objet d’un acte d’engagement actionnarial visant à les accompagner dans la « mise en place d’une stratégie de transition crédible ». En l’absence de résultats satisfaisants, il faudra désinvestir les entreprises concernées.

Transparence et reporting : vers une standardisation renforcée

  • Les objectifs ESG du fonds doivent être cohérents avec la notion de double matérialité et le fonds doit documenter la prise en compte des risques ESG dans ses décisions d’investissements.
  • Fiche synthétique publique : les gestionnaires doivent rendre accessibles aux épargnants une fiche résumant la stratégie ESG, les indicateurs de performance et les engagements actionnariaux (ex. : vote en AG, dialogue avec les entreprises).
  • Audit : les vérifications par un tiers indépendant (Novethic, EY France, AFNOR) contrôlent notamment que la méthodologie d’analyse ESG est revue, a minima, tous les 2 ans et que la fréquence de révision est, a minima, annuelle.

Une concentration drastique des fonds

  • Amundi et la Banque Postale se distinguent sur le marché, mais avec des stratégies distinctes : la première en volume d’encours (75 Md€ à partir de 41 fonds ISR), la seconde en nombre de fonds labellisés (117 fonds).
Encours de 680 fonds labellisés ISR au 31 janvier 2026 par typologie d'actifs gérés par 92 sociétés de gestion (sources : AEF info, Morningstar).

Des encours qui se maintiennent malgré le backlash autour de l’ESG

Encours d’actifs trimestriel (en milliards d’euros) des fonds labellisés (T1 2023 au T3 2025) (source : Banque de France).

Un impact plus important des fonds labelisés depuis la réforme… mais avec des nuances

  • Score d’impact moyen : +6 points en un an, grâce à l’exclusion des fossiles et à l’intégration de critères climatiques ;
  • Réduction de l’empreinte carbone : -10 % en moyenne pour les fonds labellisés ;
  • Désengagement marquant des énergies fossiles (-35 pts) avec seulement 14 % des fonds ISR restant investis dans au moins une entreprise du secteur des énergies fossiles non conventionnelles ;
  • Engagement actionnarial : 81 % des sociétés de gestion utilisent désormais des indicateurs climatiques (intensité carbone, alignement 1,5 °C), contre 62 % en 2023.
  • 41 % de probabilité qu’un fonds non-ISR soit plus « vert » qu’un fonds ISR choisi au hasard ;
  • La baisse d’empreinte résulte autant des décisions actives des gestionnaires (-2,9 tCO2eq/M€) que de facteurs passifs (-2,9 tCO2eq/M€) ;
  • Les fonds ayant renoncé au label ISR ont accru leurs investissements en titres à plus forte empreinte carbone.

Poursuivre la transparence et la traçabilité des investissements

  • Mettre en place un reporting plus granulaire sur l’allocation réelle des capitaux, notamment en détaillant les secteurs et entreprises financés, ainsi que l’impact ESG attendu et mesuré (ex. : réduction du CO2, création d’emplois…).
  • Disposer d’une plateforme centralisée et accessible publiquement, permettant de visualiser l’impact concret des fonds labellisés.

Affiner les critères d’éligibilité et d’exclusion

  • Poursuivre l’analyse sectorielle afin d’identifier des exclusions systématiques ou bien des seuils minimaux de performance ESG.
  • Intégration obligatoire des enjeux climatiques via des indicateurs dédiés, avec une actualisation régulière des référentiels.

Harmoniser les standards européens

  • Renforcer la cohérence entre le label ISR et les normes européennes (SFDR) afin de faciliter les comparaisons et d’éviter les divergences.
  • Partager les bonnes pratiques entre les différents labels nationaux.

Renforcer l’éducation et l’engagement des épargnants

  • Éduquer les épargnants sur les enjeux de la finance durable et les outils pour évaluer l’impact de leurs placements.
  • Permettre aux épargnants de participer aux décisions d’investissement (ex. : vote sur les secteurs à exclure).

Rappels sur le fonctionnement du label ISR

L’attribution du label ISR répond à un processus strict et particulièrement rigoureux. Cette démarche peut se décliner en 3 étapes.

Vérifier que le fonds est éligible au label ISR

Vérifier que le fonds respecte les 6 piliers

  • D’abord, il examine les documents officiels du fonds (statuts, règlement) et son portefeuille réel pour vérifier la cohérence ;
  • Ensuite, il rencontre les dirigeants pour comprendre comment ils appliquent concrètement les critères ESG ;
  • Enfin, il compile tout ça dans un rapport d’audit qui valide (ou refuse) le label.

Attribuer le label ISR et inscrire le fonds sur une liste officielle du Ministère de l’Économie et des Finances

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